Imprimer (nouvelle fenêtre)

Le jardin

Le jardin est l’un des grands plaisirs de Stéphane Mallarmé à Valvins: tous les matins, il se promène avec le sécateur pour faire la toilette des fleurs avant la sienne. Aujourd’hui, le jardin recréé, invite le visiteur à la rêverie sur les pas du poète.

Au temps de Stéphane Mallarmé

Un paysage qu’on ne soupçonne pas...

Description de l'image

Abel HOUDRY, la Yole et le pont de Valvins,
photographie

© musée départemental Stéphane Mallarmé

Stéphane Mallarmé aime la nature profondément.
En cela, Valvins lui offre une véritable bouffée d'oxygène en opposition à la vie parisienne. Niché dans la vallée de la Seine, à deux pas de la forêt de Fontainebleau, le petit village fleuri présente un paysage idéal.
Les chemins de halage qui bordent le fleuve témoignent aujourd'hui de l’importance de la batellerie.
De l’autre côté de la Seine se dresse la forêt, constituée de chênes majoritairement, et de pins sylvestres, car le 19ème siècle voit le début de l'exploitation forestière intensive de la forêt de Fontainebleau.

"Toujours la même sensation. Je suis ici à merveille, chaudement et devant un paysage qu'on ne soupçonne pas, avec ses jeux de vapeurs."
Lettre de Stéphane Mallarmé à Marie et Geneviève, le 22 novembre 1896.

Retour au menu

Une passion familiale

Photographie noir et blanc représentant Geneviève assise au jardin

Anonyme, Geneviève Mallarmé
dans le jardin,
cliché original,
vers 1896,

© musée départemental Stéphane Mallarmé

Compagnon de Mallarmé lors de ses séjours passés en solitaire, le jardin est surtout le théâtre de moments privilégiés entre Stéphane Mallarmé et sa fille Geneviève.
Tous deux s'exercent avec beaucoup de sérieux aux plaisirs du jardinage même si le poète apprécie les conseils de sa voisine et l’aide précieuse d’un jardinier pour accomplir les gros travaux.
La correspondance de Mallarmé montre combien le poète aime jardiner. Il aime, dit-il, « faire la toilette des fleurs avant la sienne », y planter toutes sortes de fleurs, faire la chasse aux pucerons, ou manier le sécateur.
Ce jardin est ainsi l’objet de tous les soins de Mallarmé, soucieux de le présenter en bon état à l'arrivée de sa femme et de sa fille, et l’objet de la préoccupation de Geneviève, impatiente de voir l'évolution des plantations d'une année sur l'autre.

"J'ajoute que le petit marronnier monte trop haut et fait moins d'ombre ; et que j'hésite à le faire tailler, en feuilles, quand je ferai soigner, une heure ou deux, la vigne vierge. Ton avis, horticulteur Vève ?"
Lettre de Stéphane Mallarmé à Marie et Geneviève, le 7 mai 1896.

"Quant au marronnier je ne sais ? Si tu pouvais le demander à des gens expérimentés"
Réponse de Geneviève le 8 mai 1896.

"Demande à Mme Pubellier [la voisine de palier des Mallarmé] si mes roses trémières fleuriront"
Lettre de Geneviève à son père, le 7 mai 1896.

"Les roses trémières sont en feuilles et fleuriront"
Réponse de Stéphane Mallarmé, le 8 mai 1896.

Le jardin occasionne également des échanges de végétaux, puisque des semis accompagnent quelquefois les lettres entre le père et la fille. Ces courriers très techniques faisant état des dépenses, énumérant des listes de fleurs ou mention de travaux, nous donnent une idée assez précise de la disposition et de la composition de cet espace. Les essais de Mallarmé et de sa fille ne sont pas toujours concluants : les apprentis-jardiniers veulent planter des rhododendrons, malgré un sol mal adapté...

Retour au menu

Du salon d’été au verger

Photographie couleur du jardin vue par une fenêtre du 1er étage du musée

Le jardin vu de la fenêtre,
© musée départemental Stéphane Mallarmé

Le petit jardin de devant, sorte de péristyle à la propriété, est également le cadre du salon d’été à l’ombre du marronnier où Mallarmé reçoit volontiers les amis de passage.
Le marronnier est planté par Geneviève justement pour faire de l’ombre (on ne se mettait pas au soleil à l’époque). Ce jardin de devant permet en outre une vue sur le fleuve. Il va sans dire qu’on n’aurait pas reçu du côté potager et verger. De l’autre côté de la maison des allées sablées placées devant les portes mènent à travers des massifs de fleurs opulentes à un verger plus sauvage au fond du jardin. Ici, les plantes et herbes potagères, pommes de terre, cerfeuil, persil s’épanouissent à côté des dahlias, soleils, roses trémières et nombreux rosiers. L’escalier de pierre qui permet d’accéder à l’appartement des Mallarmé est couvert de vigne vierge et de glycine.

Retour au menu

L’engouement pour les jardins au 19ème siècle

Cet engouement pour le jardinage coïncide avec un grand mouvement horticole débuté au début du siècle. Ce faisant, même si le jardin public devient le lieu d’une indispensable sociabilité urbaine, le jardin privé connaît un véritable renouveau.
Les classes moyennes veulent avoir une petite maison avec un jardin. Le jardinage d’agrément et de loisir, en tant qu’expression du goût et de la mode, captive l’imagination populaire.
On assiste à la tenue d’expositions et de concours horticoles qui permettent le développement d’un goût immodéré pour le jardinage. Des traités de jardinage, des manuels techniques et de nombreuses revues spécialisées font peu à peu leur apparition. Ils proposent conseils pratiques de jardinage, listes de végétaux, noms de nouvelles variétés de plantes exotiques disponibles sur le marché, mais aussi plans types de jardins ou réalisations jugées exemplaires. La première revue horticole est celle de la Société nationale d’Horticulture de France, créée en juin 1827 : son premier numéro paraît en 1829.
Le jardin devient un lieu destiné à la « récréation des yeux » et fait désormais partie intégrante de la conception de la vie moderne.

Retour au menu

Le jardin aujourd’hui

Après Stéphane Mallarmé jusqu’à l’achat du Conseil départemental

La Maison vers 1900, carte postale,

© musée départemental Stéphane Mallarmé

Après la mort du poète, les différents occupants de la maison n’ont de cesse d’entretenir ces espaces jusqu’au rachat de la maison en 1985 par le Conseil départemental de Seine-et-Marne.

Les photographies ou témoignages oraux sont autant de sources sur l’apparence du jardin à son origine car si le jardin reste un lieu créatif propice à de nouvelles plantations, il est vraisemblable que les descendants, soucieux de préserver « l’âme de Mallarmé » ont souhaité conserver inchangées la structure d’ensemble et les différentes cultures.

Ainsi, le jardin de devant reste centré autour du marronnier. L’arbre majestueux abrite encore table et chaises pour les parties d’été. A côté, le second marronnier détruit en partie pendant la seconde guerre mondiale, est coupé. Ici, d’importants massifs de rosiers habillent la façade de la maison, les buis, la vigne et le yucca contribuent à l’agrément de la cour. Une carte datée des années 1900 dévoile un jeune pied de glycine près de l’escalier extérieur. L’allée qui mène à l’arrière de la maison est bordée d’une large haie de laurier et de troène.

Le jardin de derrière apparaît comme du temps de Mallarmé clos de murs excepté du côté du bâtiment qui servait de hangar à bateau. Très symétrique et pratique, il est structuré par des allées sablées. De celle qui longe la façade de la maison partent d’autres allées à la perpendiculaire - une allée près de la vigne, une autre dans le prolongement de celle qui part de la cour de devant, et une dernière (aujourd’hui remplacée par l’allée des pommiers) qui traverse entièrement le jardin, depuis la porte-fenêtre du centre de la maison jusqu’au banc de pierre au fond. L’ensemble est fermé par une dernière allée (au niveau de l’actuel deuxième carré). Chacune est délimitée par des bordures de buis taillés très bas, dans le style de l’art topiaire. Ces lignes d’apparence strictes encadrent des massifs dans lesquels rosiers bâtons, grimpants ou en buisson, heliantis, groseilliers, rhubarbe, pivoines et surtout des iris le long de maison évoluent en toute liberté. Le lilas blanc est déjà présent à l’angle de l’actuel deuxième carré ainsi que de nombreux arbres fruitiers tels que pommiers, pruniers, poiriers, cerisiers ou noisetiers. Un important massif rond est placé à côté du puits.

Les berges de la Seine sont également entretenues. C’est ainsi qu’un saule pleureur est planté dans les années 1970. L’arbre s’y épanouit jusqu’en 2009.

Retour au menu

Le projet de restitution de Florence Dollfus

Dessin de Florence Dollfus
© musée départemental Stéphane Mallarmé

Lorsque le Conseil départeemental de Seine-et-Marne achète la maison en 1985, il confie l’aménagement du jardin à la paysagiste Florence Dollfus qui travaille à la restitution d’un jardin proche de celui qu’a connu le poète.
Ainsi, l'iconographie (même si les photographies ne sont pas antérieures aux années 20-30 pour le jardin de derrière), l’abondante correspondance de la famille Mallarmé, les végétaux subsistants, les traces des allées, la configuration du terrain peu modifié dans l'ensemble, l'aspect pratiquement inchangé de la maison elle-même a autorisé sinon une reconstitution authentique du moins une évocation fidèle du jardin des années 1890.
De plus, les sources d'inspiration complémentaires (peinture, littérature, livres de jardinage et catalogues d'époque) abondent. Leur connaissance, sans le trahir, a permis d'enrichir ce jardin. Motif de prédilection des peintres de l'époque et notamment des Impressionnistes dont Mallarmé était très proche, le jardin dans son aspect esthétique nous est devenu étonnamment familier.
D’ailleurs, en septembre 1876, Mallarmé, ami et défenseur de Monet, Renoir, Pissarro, Morisot et Manet fait du jardin la clé de voûte de leur œuvre : « ces artistes (…) trouvent leurs sujets près de chez eux, à quelques pas seulement, ou bien dans leurs propres jardins. » comme Claude Monet à Giverny. (article intitulé « The impressionnists and Edouard Manet », publié dans The Art Monthly Review and Photographic Portfolio). Equivalent continental du "cottage anglais", il a ainsi inspiré les créateurs, paysagistes professionnels et amateurs. Ce type de jardin mi-bourgeois, mi-paysan était encore fréquent, il y a peu de temps, dans les villages.

Retour au menu

Le jardin recréé

Photographie couleur de l'allée centrale du jardin entièrement fleurie

L’allée fleurie,
© musée départemental Stéphane Mallarmé

Fidèle à ce qu’il était au temps du poète, et ce malgré la diminution en surface avec la vente de la grange transformée en habitation, le jardin garde sa division en deux espaces séparés par la maison et reliés par un passage.En outre, un dernier jardin a été aménagé à l’emplacement de l’ancien embarcadère du poète.

Le jardin de devant: Comme au temps du poète, cet espace pavé et gravillonné se présente comme une introduction à la maison. Le marronnier jadis planté par Geneviève, offre toujours son ombre aux visiteurs les jours d’été ensoleillés. Une glycine court le long de la maison tandis que violettes, primevères, rosiers, vigne… colorent les massifs.

Le jardin derrière la maison ou jardin de villégiature : Le «verger» et le jardin des fleurs, clos de murs, sont habités par ses vieux arbres fruitiers, par différentes fleurs plantées d’après la correspondance : rosiers, ancolies, phlox, mais aussi un lilas, des pivoines, des soleils,…et des fleurs plus exotiques très en vogue à la fin du 19ème siècle : dahlias, iris, argémones, …également citées dans les lettres du poète.
Les fruitiers (pommiers, poiriers, cerisiers, arbres qu’on trouve toujours dans les vergers de la fin du XIXème siècle dans la région) sous différentes formes, cordons, espaliers, gobelets et arbres de plein vent organisent le jardin et dessinent les allées bordées de pivoines, de géraniums, de clématites, etc.
Le plan adopté par Florence Dollfus se veut clair et régulier. Il est formé par plusieurs axes de composition et de symétrie, 4 allées principales - avec des parties en surface ou en volumes traitées selon des formes géométriques simples. L’ensemble s’autorise une progression du construit (pommiers en cordons) au sauvage (verger de plein vent). Les espaces carrés créés par Florence Dollfus rappellent la forme de potagers.

Le jardin des berges: Face à la maison, mais de l’autre côté de la route, au bord de la Seine, un espace aménagé rappelle que le poète passait une grande partie de son temps à naviguer sur son canot.

Dix ans après le projet de Florence Dollfus, le jardin a donc pris l'allure poétique souhaitée par la paysagiste. Certaines plantes se sont développées au détriment d'autres. En parfaite harmonie avec la maison, ce jardin est une véritable invitation à l'exaltation des sens. Une cinquantaine de variétés de fleurs s’épanouissent et s’offrent au regard. Du blanc pur au rose en passant par du rouge, du jaune ou du bleu, l'ensemble des fleurs crée une mosaïque de couleurs selon les saisons. Le verger nous propose également une grande variété de fruits. Le raisin « Chasselas » qui n’est pas sans rappeler celui si réputé de la ville de Thomery, les groseilliers, cognassiers, cerisiers, poiriers et surtout les pommiers régalent les gourmands.
Dans la continuité du travail de restitution de Florence Dollfus, le musée entretient ce jardin et l’enrichit sans cesse de nouvelles découvertes. Ainsi, jardinières et autres plantations citées par Mallarmé dans sa correspondance, sont venues s’ajouter au fil des ans à cet ensemble fleuri. Un potager a également été créé au fond du jardin. Les herbes et plantes qui y sont cultivées autorisent de nouvelles sensations gustatives.

Retour au menu

Autour du jardin

Bâtiments ou matériels permettent également de comprendre davantage le quotidien du poète.
Situé à droite en sortant de la maison, le puits est à peine visible caché sous le lierre et la bignone. Bien qu’inutilisable, la pompe témoigne des efforts passés du jardinier pour entretenir son jardin. Aujourd’hui automatisé, le puits permet l’arrosage du jardin de derrière dont le sol sablonneux demande beaucoup d’eau.
Dans l’allée des noisetiers, un petit bâtiment abrite les anciennes toilettes. Comme dans beaucoup de maisons rurales, les lieux d’aisances, communs à l’ensemble des habitants de la maison, se trouvent, du temps de Mallarmé, situés à l’extérieur de l’habitation.
Un quatrain de « vers de circonstances » a été gravé par Mallarmé dans l’enduit du mur de ces latrines.

"Toi qui soulages ta tripe
Tu peux dans ce gîte obscur
Chanter ou fumer la pipe
Sans mettre tes doigts au mur"

En 2011, un pressoir à fruits a été inauguré. Il rappelle l’importance de la culture des fruits dans la vallée de la Seine au 19ème siècle. A cette époque, la plupart des habitants de Vulaines-sur-Seine et ses environs sont vignerons ou petits cultivateurs, leur principale ressource étant la vente de fruits, cerises, poires, raisin, ou pêches, sur les étals des Halles parisiennes. Dans cet esprit, le jardin du poète a été planté de nombreux pommiers avec notamment des variétés que Mallarmé a pu connaître, la Belle de Boskoop (1856), Calville Blanc (1558), Reine des reinettes (inventoriée en 1802, mais sans doute présente au 13e s), Reinette blanche du Canada (1802), Reinette grise du Canada (1802) ou encore la Transparente Blanche (1852). La saison d’automne est donc l’occasion de fait revivre la tradition briarde du jus de pommes.

Retour au menu

Voir aussi

Sur ce site