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Le jardin à l'époque de Mallarmé

Le jardinage est l’un des grands plaisirs de Stéphane Mallarmé lorsqu'il séjourne à Valvins : « tous les matins », il se promène avec le sécateur, sabots aux pieds, pour « faire leur toilette aux fleurs avant la [sienne] ».

Du salon d'été au verger

Aquarelle représentant Geneviève Mallarmé assise de profil dans le jardin.

Julie Manet, Geneviève au jardin, aquarelle sur papier, 1899 © Yvan Bourhis

À l’époque de Mallarmé, la cour du musée abrite un « jardinet tout fleuri de roses trémières » (journal de Julie Manet, 24 juillet 1898) qui sert de cadre au salon d’été. Ces dames s’y reposent, y brodent et y prennent le thé. Mallarmé y reçoit volontiers les amis de passage, sous le marronnier blanc qu’il a planté dans les années 1880 avec sa fille Geneviève. L’ombre que l’arbre procure est essentielle : le teint halé est en effet associé aux travaux des champs et à la paysannerie.

J'ajoute que le petit marronnier monte trop haut et fait moins d'ombre ; et que j'hésite à le faire tailler, en feuilles, quand je ferai soigner, une heure ou deux, la vigne vierge. Ton avis, horticulteur Vève ? (Lettre de Stéphane Mallarmé à sa fille Geneviève, 7 mai 1896)

Quant au marronnier je ne sais ? Si tu pouvais le demander à des gens expérimentés. (Réponse de Geneviève, 8 mai 1896)

L’escalier de pierre qui permet d’accéder à l’appartement des Mallarmé est couvert de vigne vierge et de glycine.

De l’autre côté de la maison, un autre jardin, plus grand et plus sauvage, abrite un poulailler et quelques clapiers. Les habitants de la maison se le partagent. Ici, les plantes et les herbes potagères – dont des pommes de terre, du cerfeuil et du persil – s’épanouissent au milieu d’arbres fruitiers de plein vent, non loin des dahlias, des « soleils » (hélianthis), des pivoines, des rosiers... plantés et soigneusement entretenus par Mallarmé au fil des années.

Le jardinage, une passion familiale

Photographie d'une rose Fée des Neiges

Rosier Jacques Cartier © Yvan Bourhis

Chaton, les iris masquent délicieusement le bas de la porte et, bientôt, bleuiront. (Lettre de Stéphane Mallarmé à sa fille Geneviève, 6 mai 1898)

Mallarmé s’exerce avec beaucoup de sérieux aux plaisirs du jardinage – même s’il apprécie les conseils de sa voisine et l’aide précieuse d’un ouvrier pour accomplir les « gros » travaux.

Lorsqu’il séjourne à Valvins sans sa femme et sa fille, restées à Paris, il leur donne des nouvelles du jardin. Sa correspondance abonde de détails sur ses activités, surtout à partir de 1896, et montre ainsi combien il aime jardiner. En plus de toiletter les fleurs chaque matin, il chasse les pucerons avec de la nicotine, sable les allées… Le jardin fait donc l’objet de tous les soins du poète, soucieux de le présenter en bon état à Geneviève, elle-même soucieuse de savoir dans quel état il se trouve, passé l’hiver.

Demande à Madame Pubelier si mes roses trémières fleuriront. (Lettre de Geneviève à son père, 7 mai 1896)

Les roses trémières sont en feuilles et fleuriront. (Réponse de Stéphane Mallarmé, 8 mai 1896)

Il me semble (…) que nous aurons, à l’arrivée, un jardin peu fleuri, malgré mes soins de cet automne. Ce doit être le manque d’arrosage par ce vent. (Lettre de Geneviève Mallarmé à son père, 13 mai 1896)

Non ton jardin s'annonce, beaucoup de petits soleils ; et mille plantes pointent, que tu as semées. Je voudrais que vous vissiez (…) les rosiers du mur qui éblouissent. (Réponse de Stéphane Mallarmé, 14 mai 1896)

Dans ses lettres, Mallarmé fait aussi état de ses dépenses et énumère les fleurs et les plantes qu’il achète pour étoffer les massifs : phlox, giroflées, chrysanthèmes, dahlias… Toutes ces plantes, entre deux et cinq sous : telles sont mes humbles folies. (4 mai 1898). Apparues avec timidité dans les jardins ruraux à partir du milieu du 19ème siècle, ces fleurs d’ornement étaient très appréciées à l’époque.

La citation

Je t'ai dit avoir tué les pucerons des rosiers avec de la nicotine infusée par moi. Tous les matins je me promène avec le sécateur et fais leur toilette aux fleurs, avant la mienne.

(Lettre de Stéphane Mallarmé à son épouse Marie et sa fille Geneviève, 27 mai 1897)