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Odilon Redon, Brünnhilde (Crépuscule des Dieux)

Stéphane Mallarmé possédait une épreuve de cette lithographie, probablement reçue directement d’Odilon Redon. L’épreuve de Mallarmé, longtemps conservée par les descendants du gendre du poète, Edmond Bonniot, n’est plus localisée.

L'influence de Richard Wagner


Lithographie de Redon représentant de profil l'héroïne du Crépuscule des Dieux de Wagner.

Odilon Redon, Brünnhilde, 1894,
lithographie, 38 x 29,2 cm,
coll. Musée départemental
Stéphane Mallarmé, © musée départemental

Stéphane Mallarmé

Cette lithographie témoigne de l’importance de Richard Wagner dans certains milieux intellectuels français avec lesquels Mallarmé était en relation. Mais c’est surtout à partir de 1884, quand Mallarmé, un an après la mort de Wagner, s’initie vraiment à la musique, que le musicien joua un rôle central dans ses méditations sur les rôles respectifs de la poésie, du drame et de la musique. La puissance de la création wagnérienne, qui provoqua chez le poète une jalousie manifeste, devint l’antithèse de la concentration de l’expression mallarméenne qui confina parfois au néant, au « rien » absolu.

Dans la livraison du 8 août 1885 de la Revue wagnérienne étaient parus simultanément une première Brünnhilde d’Odilon Redon et Richard Wagner, rêverie d’un poète français par Mallarmé, précédant de quelques mois le fameux poème Hommage, publié dans la même revue en janvier 1886. Ces deux textes témoignent de l’ambiguïté des sentiments du poète à l’égard du musicien.

Le Crépuscule des Dieux, auquel se réfère explicitement la lithographie de Redon, ne sera montré intégralement à Paris qu’en 1902 mais des extraits en avaient été donnés par les Concerts Lamoureux en présence de Mallarmé. Cette Brünnhilde de Redon, datée de 1894, s’inscrit donc dans un contexte marqué, pour le poète comme pour le peintre, par une présence éminente de l’héroïne wagnérienne. Le pur profil à la douceur caractéristique du Redon des années 1890 est bien éloigné tant de la figure plus martiale de sa Brünnhilde de 1885 que des traits prosaïques de la grande cantatrice qui incarnait ce personnage sur la scène de l’Opéra Garnier. L’artiste bannit les accessoires typiques de la scénographie wagnérienne du temps, qui métamorphosaient la fille de Wotan en « une manière d’Amazone avec des ailes de pigeon sur la tête »: une Brünnhilde rêvée qui ne pouvait que séduire le poète qui, comme l’a souligné Henri Mondor, préférait au théâtre le livre, « le mental instrument par excellence, sans escorte de figurants, sans bric-à-brac de décors ».

Mallarmé et Redon


Mallarmé admira l’œuvre de Redon dès 1882, mais ne le rencontrera que trois ans plus tard, par l’intermédiaire de Huysmans. « La rencontre de Mallarmé et de Redon est un des faits essentiels de l’histoire du symbolisme » écrit Roseline Bacou. Il existe en effet de nombreuses affinités esthétiques entre les deux hommes, rapprochés d’ailleurs par Huysmans dans A rebours, et qui nouèrent une fidèle amitié. Leurs liens se resserrèrent encore lorsque la famille Redon vint séjourner à Samois, à quelques encablures de la maison du poète à Valvins, en 1888 et 1889. Geneviève, la fille de Mallarmé, fut choisie pour être la marraine du fils de Redon, Arï. Les deux hommes projetèrent de collaborer à l’édition d ’Un Coup de dés jamais n’abolira le hasard, mais Mallarmé mourut avant que le projet ait vu le jour. Le poète possédait au moins deux pastels du peintre : L’Enfant, 1894, maintenant conservé au Musée des Beaux-Arts de Dijon, et un bouquet de fleurs.