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Poème Autre éventail de Mademoiselle Mallarmé


Photographie d'un éventail de papier blanc aux arrêtes nacrées sur lequel Mallarmé à inscrit des vers de circonstances.

Stéphane Mallarmé , Autre éventail de Mademoiselle Mallarmé,
vers 1884, 985.67.1, Coll. MDSM, Vulaines-sur-Seine
© Y.Bourhis DAPMD/CG77 - D.R.

O rêveuse, pour que je plonge
Au pur délice sans chemin,
Sache, par un subtil mensonge,
Garder mon aile dans la main.

Une fraîcheur de crépuscule
Te vient à chaque battement
Dont le coup prisonnier recule
L’horizon délicatement.

Chaste jeu ! voici que frissonne
L’espace comme un grand baiser
Qui, de n'être éclos pour personne,
Ne peut jaillir ni s’apaiser.

Sens-tu le paradis farouche,
Ainsi qu’un rire enseveli,
Se couler du coin de ta bouche
Au fond de l’unanime pli !

Le sceptre des rivages roses
Stagnants sur les soirs d’or ! ce l’est,
Ce blanc vol fermé que tu poses
Contre le feu d’un bracelet.