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De l'auberge au musée

D’abord auberge-relais pour les coches d’eau au cours du 18ème siècle, puis maison de villégiature de Stéphane Mallarmé au 19ème siècle, cette « petite maison au bord de l’eau » a été marquée à jamais par la présence du « Prince des poètes ». Elle est devenue, grâce à la volonté de ses héritiers, puis à l’intervention du Conseil départemental de Seine-et-Marne, un musée à sa mémoire.

Une auberge pour les coches d’eau au cours du 18ème siècle

« L’isle de Cayenne »

Description de l'image

La maison en 1900, carte postale,
Inv : 986.9.1, Coll. MDSM, Vulaines-sur-Seine,
© Musée Mallarmé

La maison louée par Stéphane Mallarmé a d’abord été une auberge pour les coches d’eau. Dès les années 1780, il est fait mention d'une auberge à cet endroit, sur la rive droite de la Seine, à proximité du bac permettant la liaison entre les deux rives (le premier pont n’est construit qu’en 1825). Il s’agirait de la première habitation construite de ce côté-ci de la rivière.

L’existence de cette auberge appelée « L’isle de Cayenne », en référence au lieu-dit « Cayenne » où elle se situe, est liée aux activités du fleuve. Elle constitue en effet un relais pour les coches d’eau, les bateaux transportant des voyageurs de Paris à Fontainebleau, halés par des chevaux.

Les premières évocations de la maison ne livrent pas le nom de son propriétaire mais il semblerait qu’elle ait été partagée. A partir de 1813 et jusqu’à 1902, elle appartient à la famille Mary. Il existe plusieurs descriptions précises des lieux avant que Mallarmé ne les investisse, comme par exemple : « l’auberge proprement dite en plusieurs pièces chambres et cabinets au rez de chaussée et au premier, grenier régnant sur le tout, cave sous lad[ite] maison, et ses dépendances en divers bâtiments servant de grange, écurie, vacherie, poulailler, toits à porcs, cour devant lesd[ites] maison et bâtiments qui sont tous couverts en tuiles, jardin derrière et à côté entouré de murs... ».

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La maison de vacances de Stéphane Mallarmé (1874-1898)

Les fiançailles d’un poète et d’une maison

Photographie couleur montrant la façade du musée ornée d'une glycine et d'un médaillon commémoratif

Vue extérieure de la maison
© Yvan Bourhis


Lorsque Stéphane Mallarmé découvre Valvins en 1874, il tombe sous le charme de ce lieu avec lequel, selon ses propres mots, il se « fiance ».

Un jour qu'il rend visite au graveur Alfred Prunaire (1837- 1912) qui passe l’été dans une maison près de Fontainebleau, celui-ci lui signale une petite maison à louer près du pont de Valvins, l’auberge des Mary, que Mallarmé ne tarde pas à occuper.

Il loue deux petites pièces au premier étage : une salle à manger, alors complétée par une alcôve qui sert de chambre, et un petit cabinet. Il parle d'ailleurs d'un « petit logis, dans un coin de ferme ». Il y vient d’abord chaque été, avant de multiplier ses séjours, à Pâques et à la Toussaint en particulier. C’est pour lui un lieu de repos et de ressourcement qui lui permet de fuir l’effervescence parisienne sans trop s’en éloigner.

La plénitude que lui apportent ces exils à Valvins le conduit en 1893, au jour de sa retraite de professeur, à s’installer plus longuement dans la « petite maison au bord de l’eau ».

En 1895, il obtient des propriétaires la possibilité de louer des pièces supplémentaires (2 à l'étage et 2 au rez-de-chaussée). Les deux nouvelles pièces de l'étage sont transformées en chambres à coucher : une pour Mesdames et une pour Monsieur, qui se réserve celle qui donne vue sur la Seine, qu'il affectionne tant. L'alcôve de la salle à manger, désormais libérée et inutile, est bouchée, ce qui permet l'aménagement d'une cuisine « spacieuse », le petit cabinet devient un « boudoir à ces dames » et l'appartement est entièrement redécoré avec soin par Mallarmé en personne.

C’est dans cette maison que le poète décède le 9 septembre 1898, à l’âge de 56 ans, emporté par une crise d’étouffement. Il est enterré au cimetière de Samoreau, commune voisine de Vulaines-sur-Seine.

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Le rôle des héritiers

Préserver la mémoire du poète

Photographie en noir et blanc représentant Geneviève Mallarmé en pied de face dans le jardin

Anonyme, Geneviève Mallarmé
dans le jardin, cliché original,
vers 1896, 985.366.1, Coll. MDSM,
Vulaines-sur-Seine,
© musée départemental Stéphane Mallarmé

Après le décès de Stéphane Mallarmé, son entourage s’efforce de préserver sa mémoire en ces lieux.

En 1902, sa fille Geneviève et son mari Edmond Bonniot achètent la maison. Ils y apportent nombre d’objets qui se trouvaient jusque-là dans l’appartement parisien de la famille, rue de Rome, comme la célèbre « table des mardis » et le cabinet « japonais » en bois laqué.

Après la mort de Geneviève en 1919, Edmond Bonniot se remarie avec Louise Sacquet, à laquelle il confie dans son testament la mission d’entretenir la sépulture du poète. Celle-ci y veillera bien plus que ne le lui avait demandé son mari, décédé en 1930 : les appartements du poète restent quasiment inchangés et le mobilier est précieusement conservé.

En 1923, pour commémorer le 25ème anniversaire de la mort de Mallarmé, un médaillon le représentant est apposé sur la façade de la maison.

En 1937, l’Académie Mallarmé est créée : elle œuvre dès lors à préserver l'âme poétique de la maison.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la maison est en péril. Les pillages ont été évités mais le premier étage a été éventré par des bombardements qui visaient le pont tout proche et les dégâts laissés par le passage d’un obus entre la chambre du poète et le cabinet japonais sont considérables.

Pour garantir la sauvegarde des lieux, une demande d’inscription à l’Inventaire Supplémentaire des monuments historiques est formulée. Elle devient effective en 1946. Pour financer les réparations, Louise Sacquet est obligée de vendre de nombreuses œuvres de valeur de Manet, Monet, Gauguin, Renoir, Redon, ainsi que des livres et manuscrits précieux. Elle vend ensuite la maison à ses deux nièces en 1961.

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La transformation en musée

Rendre au lieu son visage « mallarméen »

Les deux nièces de Louise Bonniot, après avoir à leur tour œuvré à la préservation du site, décident, en 1982, de vendre la maison, rencontrant trop de difficultés.

Le Ministère de la Culture, en charge des monuments classés et inscrits, étudie alors le dossier et demande au Département de Seine-et-Marne d’en envisager l’achat. Ce dernier, soucieux de protéger le patrimoine local, accepte et crée dès 1985 un poste de conservateur pour répondre aux exigences professionnelles de la Direction des Musées de France.

L’acte de vente est signé le 3 juin 1985, en présence de Jack Lang, Ministre de la Culture. Un travail de rénovation de la maison et du jardin commence.

Grâce à l’état des lieux, aux témoignages, et aux sources littéraires et iconographiques, l’architecte Bruno Donzet et la paysagiste Florence Dollfus ont pu restituer aux lieux leur visage mallarméen. Une attention particulière a été accordée aux détails et à l’atmosphère générale se dégageant des lieux. Le programme de rénovation visait aussi à adapter le bâtiment à sa nouvelle fonction de musée.

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