Stéphane Mallarmé

Les années 1890 : la consécration

Les dernières années de la vie de Mallarmé marquent l’apogée de sa gloire. De nombreux recueils de ses poèmes sont publiés.

1891, Pages

Paru chez Deman avec un frontispice de Renoir. Degas, Berthe Morisot, Monet et Mary Cassatt avaient été pressentis, avant Renoir, pour illustrer ce recueil.

Il rassemble une grande partie de ses œuvres en prose dont  « Plainte d’automne », « Frisson d’hiver », « La Pipe » et « Le Nénuphar blanc ».

Depuis que Maria m’a quitté pour aller dans une autre étoile – laquelle, Orion, Altaïr, et toi, verte Vénus ? – j’ai toujours chéri la solitude.

« Plainte d'automne » (extrait), Pages, 1891

1892, Vers et prose

Daté de 1893, ce recueil a été publié chez Perrin avec en frontispice un portrait de Mallarmé par Whistler. Mallarmé dit de ce portrait qu’il est « une merveille, la seule chose qui ait jamais été faite d’après moi et je m’y souris ».

Ce recueil, qui rassemble de nombreux poèmes en vers et en prose du poète, marque la consécration de Mallarmé.

Quatre ans plus tard, en 1896, il sera élu « Prince des poètes ».

Le soleil, sur le sable, ô lutteuse endormie, / En l’or de tes cheveux chauffe un bain langoureux / Et, consumant l’encens sur ta joue ennemie, / Il mêle avec les pleurs un breuvage amoureux

« Tristesse d'été » (extrait), Vers et prose, 1892

En 1892, Mallarmé commence également sa collaboration avec le National Observer (12 chroniques jusqu’en juillet 1893). En octobre, est publié chez Lacomblez à Bruxelles le recueil Les Miens.

1893, Contes indiens

C’est pour complaire à son amie Méry Laurent que Mallarmé écrit les Contes indiens.

Méry a apprécié les Contes et légendes de l’Inde ancienne de Mary Summer publiés en 1878, mais en déplore le style. 

Le poète réalise davantage qu’une simple réécriture et crée un nouveau texte dont le style même prolonge le merveilleux de l’histoire.

Dans le royaume de Mathoura pareil à la queue d’un paon, où le sol, au lieu de fleurs, entr’ouvre des yeux d’émeraude et de diamant, vivaient, sous ce regard, deux petites princesses, leur mère morte de bonne heure...

« La fausse vieille » (extrait), Contes indiens, 1893

1894, Les Loisirs de la Poste

Les Loisirs de la Poste paraissent dans The Chap Book de Chicago.

C’est Whistler qui a l’idée de publier les quatrains que Mallarmé écrivait sur les enveloppes adressées à ses amis. 27 quatrains paraissent dans The Chap Book, répartis en trois catégories : poètes, peintres et littérateurs. Ces quatrains-adresses paraissent également dans le recueil Vers de circonstance publié en 1920 par Edmond Bonniot, le gendre du poète. Outre Les Loisirs de la Poste, ce nouveau recueil comporte des vers inscrits sur des éventails ou offerts pour des occasions particulières comme le Nouvel An, Pâques, des fêtes ou des anniversaires. Ce versant peu connu de l’œuvre du poète nous montre un Mallarmé plein d’humour et d’à propos.

Villa des Arts, près l’avenue / De Clichy, peint Monsieur Renoir, / Qui devant une épaule nue / Broie autre chose que du noir.

Les Loisirs de la Poste, 1894

La même année, le poète publie « La Musique et les Lettres » dans La Revue Blanche.

1895

Parution du « Tombeau de Charles Baudelaire » dans La Plume et publication des dix « Variations sur un sujet » dans La Revue blanche.

1896

Mallarmé publie « Le Mystère dans les Lettres » dans La Revue blanche en réponse à l’article de Proust « Contre l’obscurité » paru le 15 juillet dans la même revue.

1897, Divagations

Publié chez Charpentier, ce recueil réunit l’essentiel de son œuvre en prose. Par ce titre ironique, Mallarmé s’adresse à la majorité des critiques qui depuis vingt ans le considèrent comme un « fou littéraire » écrivant des textes inintelligibles. Divagations est une critique générale des valeurs contemporaines.

J’avais beaucoup ramé, d’un grand geste net assoupi, les yeux au-dedans fixés sur l’entier oubli d’aller, comme le rire de l’heure coulait alentour.

« Le Nénuphar blanc » (extrait), Divagations, 1897

Un Coup de dés jamais n’abolira le Hasard

Ce « grand poème typographique et cosmogonique » (Paul Claudel) a été considéré comme un symbole de la modernité en poésie.

Le poème est une exaltation du hasard (az-zahr, le dé en arabe dialectal andalou). Il se présente sous une forme graphique inédite jouant sur les espaces, la position des mots sur la page, les majuscules et les différentes tailles des caractères. Le poème est initialement publié dans la revue Cosmopolis en 1897, dans laquelle Mallarmé doit faire des concessions et ne peut déployer son texte comme il l’entend. Il songe alors à une édition de luxe proposée par Ambroise Vollard, réalisée par l’imprimeur Firmin Didot et illustrée par Odilon Redon.

Le poète meurt cependant avant l’achèvement du projet. La publication du Coup de dés en volume sera posthume, faite par le gendre de Mallarmé, Edmond Bonniot, en 1914. Depuis, d’autres éditions ont paru, tentant d’approcher le plus possible la publication idéale envisagée par Mallarmé.

UN COUP DE DÉS / JAMAIS / QUAND BIEN MÊME LANCÉ DANS DES CIRCONSTANCES ÉTERNELLES / DU FOND D’UN NAUFRAGE

« Un Coup de dés jamais n'abolira le hasard », 1897